Témoignage

Un jour, j’ai reconnu que j’étais alcoolique ! 2/3

By 4 novembre 2019 novembre 20th, 2019 No Comments
Yeux de femmes en pleurs

Série d’articles sur mon parcours personnel :
30 années sous l’emprise d’addictions 1/3
Un jour, j’ai reconnu que j’étais alcoolique 2/3
Mon chemin vers la sobriété 3/3

Honte, tristesse et colère

Le jour de mes 40 ans, j’ai failli mourir et même pire ! J’étais ivre ! Ce jour-là, j’ai failli mourir, tuer ma fille, tuer des innocents, aller en prison ! Une chape de honte, de tristesse et de peur s’est abattue sur moi. Quelques heures plus tard, je réalisais tout ça et j’avais la peur de ma vie ! J’en fais encore des cauchemars. Comment ai-je pu être inconsciente à ce point ?

Cette nuit-là, j’ai reconnu que j’étais alcoolique. Fatiguée, face au mur, à l’indéniable, j’ai fini par baisser les bras et mettre les genoux à terre ! J’ai capitulé ! L’alcool était plus fort que moi ! Je ne parvenais pas à m’en passer … et je n’étais pas maître de ma consommation ! Quel que soit mes résolutions ou mes subterfuges, ils ne tenaient jamais très longtemps.

J’ai ressenti de la honte et une profonde détresse teintée de panique !
Mais aussi, une petite touche de quelque chose qui ressemblait à un soulagement… C’est qu’avant ce jour, je m’étais battu de toutes mes forces pour gagner le combat avec l’alcool en restant maître de ma consommation ! Une consommation festive, sociale mais aussi anxiolytique !

Il faut que ça change mais comment faire ?

Pendant longtemps, j’ai été très en colère à l’idée de devoir modifier profondément mes habitudes liées à l’alcool. Je ne mesurais pas l’ampleur de son pouvoir sur ma vie, mon caractère, mes choix, mes envies… Le fameux déni ! Jusqu’à ce qu’un évènement grave vienne me contraindre à le voir et donc à le reconnaître !

Bien que je sois en chemin vers la prise de conscience depuis plusieurs mois, le choc fut violent quand le voile est tombé ! J’ai beaucoup pleuré. D’énormes larmes qui libèrent le cœur ! Des larmes pleines de chagrin, d’humilité, de regrets et d’impuissance… Puis la colère est revenue ! Devoir à nouveau livrer bataille, redresser la tête, se relever, avancer dans la tempête ! Marre ! Tellement marre ! Mais pas le choix ! Il faut que ça change ! Cette fois-ci j’avais compris que l’alcool avait pris une place perverse dans ma vie qu’elle mettait réellement en danger ! Mais comment faire ? J’avais essayé tant de fois de contrôler ma consommation…

Tentatives et échecs

J’ai continué ce chemin de tentatives et d’échecs pendant de longs mois. J’ai oscillé entre colère et tristesse. J’ai passé des heures sur Internet à chercher de l’information, des témoignages, des solution. J’ai lu tout ce que j’ai trouvé, écouté avec attention et le cœur gros tous les témoignages rencontrés sur la toile. Moi qui n’avais foi qu’en les médecines douces, j’ai essayé un médicament miracle qui m’a rendu encore plus malade et a fait vivre à mon corps les pires moments de sa vie… J’ai rencontré plusieurs médecins impuissants et mal à l’aise, une psychologue d’une inutilité révoltante…

Mon parcours fut marqué par l’incompétence dans l’accompagnement et la prise en charge de ma détresse, de sa gravité et de son urgence ! Non seulement ces rencontres ne m’ont pas aidées mais elles ont renforcé la honte qui m’écrasait déjà. Les représentations sociales sont si négatives concernant les alcooliques, qui plus est pour une femme ! Quel poids énorme que celui de cette honte, je n’en reviens toujours pas ! Comme un venin paralysant qui m’asphyxiait lentement … tandis que je me débattais pour ne pas sombrer… Un arrière-gout, une odeur dont je ne parvenais pas à me défaire… Et la peur du désespoir ! La nuit noire de l’âme ! Ça a été dur ! Très dur même ! Et personne, pas même mon compagnon n’a pu mesurer l’ampleur de ma détresse et le poids qu’elle représentait chaque jour et chaque nuit.

Un médecin pas comme les autres

Jusqu’à ce qu’un jeune médecin soit l’agent du destin avec humour, légèreté et une pointe de provocation. Je le rencontrais pour la première fois pour un problème cutané que je connaissais bien, mais comme il était sympathique et à l’écoute, je lui ai parlé de mes difficultés à arrêter l’alcool. C’est quelqu’un qui rit beaucoup, et mon témoignage l’a fait rire ! Ce rire contrastait tant avec la tristesse que je trimbalais qu’il m’a d’abord choqué. Après m’avoir auscultée et posé quelques questions entre deux traits d’humour, il m’a fait remarquer que ma profession me donnait tous les éléments utiles et nécessaires pour reprendre la main et remonter la pente ! La bonne blague ! J’étais tellement honteuse d’être aussi mal alors que je prodiguais à mes clientes des conseils en matière de bien-être et de gestion du stress… J’avais même suspendu mon activité tant je ne me sentais plus légitime ! Et pourtant…

Plutôt que de me prescrire des anxiolytiques ou anti-dépresseurs, l’ordonnance de ce jeune médecin a pris la forme d’un post-it sur lequel il écrivit :

Charles Duhigg, Le pouvoir des habitudes.

Ce fut sa seule prescription et elle m’a sauvée ! Qu’il en soit remercié !

Une stratégie et un plan d’action

Ça a été le déclic !
Ça avait l’air tellement simple !
J’ai essayé ! J’ai joué le jeu en relevant la tête et mes manches !

J’ai passé un contrat avec moi-même et j’ai sorti ma boîte à outils de gestion du stress !

  1. J’ai élaboré une véritable stratégie de changement de mes habitudes.
  2. Je me suis donné les moyens de faire le travail intérieur nécessaire pour comprendre les mécanismes sous-jacents à ces habitudes et mes résistances au changement.
  3. J’ai établi un programme concret de pratique d’exercices de gestion du stress et me suis astreinte à le suivre !
  4. Patience et détermination ont été mes maitre-mots !

Et ça a marché !

Aujourd’hui je suis sobre et non-fumeur

Aujourd’hui, je ne consomme plus d’alcool et ne fume plus de cigarette. Je ne prends aucun médicament. Je me sens bien plus heureuse comme cela ! Je ne vis pas sur un nuage rose. Je suis encore régulièrement triste ou en colère, mais je l’accepte.

J’accueille ces émotions et écoute ce qu’elles ont à me dire sur moi, sur ma vie, mes frustrations et mes aspirations. J’apprends à reconnaître les aspirations qui provoquent la douleur. Je porte attention à mes pensées et mes paroles. Je ne noie plus rien dans l’alcool. Je ne cache plus rien derrière un voile de fumée.

Je respire ! Je marche ! Je médite ! Je redécouvre le monde et la vie en pleine conscience. J’écoute, je ressens, j’observe… Je comprends véritablement combien l’alcool est un poison vicieux et cela conforte davantage ma détermination, idem pour le tabac !

Je comprends chaque jour un peu mieux quelle est ma sensibilité au stress et j’apprends à m’en protéger ! Je veille à mon bien-être ! J’apprends à reconnaître mes blessures et mes failles. J’en prends soin et m’en sers pour construire une nouvelle identité faite d’estime et d’amour de soi !

Une vision pour l’avenir

Toute ma vie j’ai été en quête de sens et de partage. Depuis toujours j’essaie d’aider les autres quitte à en fatiguer mon entourage ! Désormais, je canalise cette aspiration autour des addictions qui génèrent tant de souffrance… Je partage mon expérience en aidant d’autres femmes en détresse avec l’alcool, mais aussi avec le tabac ou le cannabis.

J’essaie de leur transmettre ma force nouvelle, mon optimisme retrouvé, mes outils de gestion du stress et mes rituels bien-être. Je souhaite qu’elles oublient la déception d’échouer malgré de réels efforts et évitent la désillusion de transférer insidieusement une addiction vers une autre. Je veux qu’elles connaissent la joie de la liberté retrouvée, la satisfaction de la liberté conquise !

Quand je ferme les yeux, je vois des femmes qui retrouvent confiance et joie de vivre, qui se réconcilient avec elles-mêmes et inspirent les autres avec authenticité. Cette vision m’habite depuis que j’ai sorti la tête des eaux troubles, consciente que je m’en sortirai car j’avais enfin trouvé l’ingrédient qui m’avait manqué jusque-là : une stratégie adaptée !

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