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Le traitement classique de l’alcoolisme.

Le traitement classique de l’alcoolisme relève d’une prise en charge médicale qui peut revêtir plusieurs formes. Toutes sont prises en charge à 100 % par l’Assurance Maladie en France où l’alcoolisme est reconnue affection de longue durée.

En premier lieu, le rôle du médecin traitant.

Il est naturel pour certaines d’entre vous de se tourner vers votre médecin traitant. Il pourra vous proposer un traitement médicamenteux pour un sevrage ambulatoire, c’est-à-dire depuis votre domicile. Il pourra également vous prescrire un arrêt de travail d’une semaine, et les examens nécessaires pour s’assurer que votre consommation d’alcool n’a pas entrainé de problèmes de santé à traiter.

Pour d’autres, la relation avec le médecin traitant ne permet pas d’oser aborder la question si tabou des troubles de l’alcoolisation. Soit que la relation est presque trop familière et que l’on n’ose pas briser le tabou alors que ce médecin nous connait si bien et n’a jamais abordé la question. N’a-t-il rien vu ou le sujet est-il si tabou que la parole n’est pas autorisée ? Le médecin de famille, parfois même l’ami, peut devenir alors une personne dont le regard et le jugement -sil en est- pourraient accentuer le sentiment de honte, de gêne voire de déni des patients présentant des problématiques liées à l’alcool. Soit que la relation de confiance ne soit pas suffisante pour oser surmonter le malaise et la honte ou pour compter sur une aide quelconque.

En effet, j’ai constaté maintes et maintes fois une sorte de fatalisme concernant l’alcoolisme, comme s’il n’y avait rien à faire ! Que ce soit de la part du grand public ou du corps médical. Les quatre médecins que j’ai moi-même rencontrés durant ma quête semblait totalement abattus face à ma problématique alcoolique. Et beaucoup des femmes en difficulté avec leur consommation d’alcool que j’ai accompagné m’ont fait le même retour. 

Pour beaucoup d’autres, le traitement de leur alcoolisme a consisté en une ordonnance qui n’a amené aucune amélioration. Beaucoup se sont même vu dénigrée par leur médecin qui a minimisé le problème d’un simple : « mais non vous n’êtes pas alcoolique, ne vous inquiétez pas ! » J’ai vraiment entendu plusieurs fois cette réponse quand je demande à mes consultantes si leur médecin est au courant de leur problème d’alcool. Et l’émotion qui les envahit alors est sans équivoque.

Des médecins généralistes mal à l’aise et mal formés.

Bien qu’il semble à priori évident de se tourner d’abord vers son médecin généraliste, on se rend compte que cela ne va pas nécessairement de soi.

De nombreux médecins généralistes sont encore mal à l’aise et mal formés pour accompagner efficacement leurs patients dépendants. Dans l’enquête menée pour sa thèse de Doctorat en Médecine générale, Gontran Le Roy souligne, entre autres, deux points qui nous intéressent ici.

On apprend d’abord que 1 médecin sur 10 reconnait une réticence personnelle à aborder la question des troubles de l’usage d’alcool. 8,93% d’entre eux reconnaissent également ne pas donner suite même quand le patient évoque son problème en consultation. Si l’initiative émane de l’entourage, la fréquence de recherche des troubles est encore moins importante. Ses médecins ont très largement conscience du fait qu’ils sous-estiment les difficultés de leurs patients liées à l’usage dalcool (parfois+souvent+toujours =84%). Ils estiment que les problématiques liées à l’alcool sont « l’un des thèmes les plus difficiles à aborder » ;  aussi difficiles que la consommation de drogue, la vie affective ou les relations sexuelles. Ils attendent donc souvent que des signes cliniques mettent en évidence la consommation excessive.

On apprend ensuite que les médecins généralistes interrogés manquent de formation. Une majorité d’entre eux (55,44%) n’avait jamais bénéficié de formation en addictologie. 2 médecins seulement sur 158 étaient titulaires du DU d’addictologie et aucun de la capacité d’addictologie. Or la formation va avec la compétence à repérer et à accompagner correctement les addictions. La formation en alcoologie est encore plus rare. Il existe pourtant des différences conséquentes dans les différentes conduites addictives.

Enfin, ne négligeons pas que beaucoup de médecins sont eux même de gros buveurs et de gros fumeurs ! Le déni du praticien est tout autant réel et problématique que celui du patient. Une étude norvégienne a montré que plus les médecins boivent plus ils sont indulgents dans leur critère de repérage des troubles de l’usage d’alcool. 

Le traitement de l’alcoolisme par un spécialiste.

Nous l’avons vu précédemment, l’avantage a consulté un spécialiste est indéniable dans bien des cas. Toutefois, il faut reconnaitre que les consultations en addictologie sont assez rebutantes. Il faut souvent beaucoup de courage pour pousser la porte d’un CSAPA (Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie). La plupart rassemble toutes les addictions et les salles d’attente ressemblent parfois à de véritables cours des miracles ! Une consultation en service d’addictologie à l’hôpital est finalement souvent bien plus confortable.

L’addictologue ou l’alcoologue.

Ces professionnels de l’addiction, voir des troubles de l’usage d’alcool, sont d’abord médecins. Ils ont suivi ensuite une spécialisation en addictologie ou alcoologie. À ce titre, ils sont compétents pour comprendre les multiples causes de l’addiction et, si nécessaire, les autres maladies qui peuvent en découler.

Dans leur formation spécialisée, ils ont été formés à poser les bonnes questions, à écouter et à observer (contrairement aux médecins généralistes). Ils sont évidemment bien plus à l’aise et bien moins conditionnés par leur représentations du tabou et de l’alcoolisme. Le domaine de la psychologie n’est pas exclu de leur champ d’action. Certains sont même psychiatres. 

Ils serviront de relais vers les différents acteurs locaux qui peuvent compléter leur accompagnement :  psychologues, groupes d’entraide, infirmières, assistantes sociales en fonction des besoins.

Le traitement médicamenteux de l’alcoolisme.

La panoplie de médicaments disponibles est assez réduite et se répartie en deux catégories.
D’une part les médicaments qui visent à réduire la consommation, soit en diminuant l’appétence (Sélincro), soit en diminuant la réaction de récompense-plaisir (Baclocur).
D’autre part, ceux qui aident au maintien de l’abstinence, soit par effet dissuasif (Espéral), soit en agissant sur différents neurorécepteurs (Révia, Aotal).  

Comme évoqué plus haut avec la règle de trois, ces traitements médicamenteux sont loin d’être une panacée. Ils ne sont pas sans conséquence puisque les effets secondaires peuvent être lourds et les risques d’addiction réels avec les anxiolytiques et les anti-dépresseurs encore trop souvent prescrits sur des durées supérieures à 7 jours. Mais je ne développerai pas ici le danger des benzodiazépines encore beaucoup trop utilisés pour leur action sédative et anxiolytique malgré un fort pouvoir addictif et des effets rebonds problématiques. Renseignez-vous bien avant de vous laisser tenter !

Enfin, la plupart de ces molécules sont incompatibles avec la prise d’alcool donc inappropriées tant que l’abstinence n’est pas installée (hic !).

Là aussi, un médecin spécialiste maitrisera mieux l’utilisation des différentes molécules de la panoplie du Vidal.

La cure de désintoxication en milieu hospitalier.

Tout comme la prise en charge médicale, la cure de désintoxication n’est pas indispensable. Elle offre aux personnes qui en ont besoin un encadrement constant et accompagne le syndrome de sevrage en toute sécurité quand c’est nécessaire.

Elle peut aussi permettre de rompre un temps avec les mauvaises habitudes et de s’éloigner d’un environnement néfaste comme c’est parfois le cas.

Les équipes spécialisées agissent aussi sur le plan psychologique, mais dans une moindre mesure, compte tenu de la durée de la cure (entre 4 et 6 semaines en moyenne). C’est le suivi post-cure qui est alors primordial. Il est hélas souvent insuffisant ou inadapté.

Soyons honnêtes, être hospitalisé n’est pas agréable. Et pour les femmes ayant des enfants, quitter le domicile est une décision difficile. Notons également que la cure en milieu hospitalier implique un arrêt maladie et une absence à justifier auprès des collègues, voisins, parents d’élèves, etc.

Autres aspects non négligeables, ces cures ne bénéficient pas d’une grande crédibilité, ni auprès des patients ni auprès des médecins généralistes comme spécialistes. Quant aux séances collectives qu’elles impliquent, elles constituent très souvent un frein important.

 

Soutien psychologique et groupe d’entraide dans le traitement de l’alcoolisme.

Les Alcooliques Anonymes et autres groupes d’entraide.

C’est sans doute le traitement le mieux connu pour l’alcoolisme. Le modèle médical actuel s’est d’ailleurs construit autour du développement du mouvement des AA, aux États-Unis d’abord, puis en Europe.

Leur approche repose sur la conviction que l’alcoolisme est une maladie dont on ne guérit pas et qui ne se stabilise qu’avec une stricte abstinence. Heureusement, cette position extrême ne fait plus l’unanimité et commence à être discutée.

Si le soutien, la disponibilité, la régularité, le parrainage et l’encouragement des pairs à titre bénévole sont des points forts de l’approche des AA, l’aspect communautaire peut rebuter. D’autant plus que leur approche comporte une dimension spirituelle importante.

D’autres groupes d’entraide existent avec des approches légèrement différentes, notamment au niveau de la dimension spirituelle. Les groupes d’entraide complète généralement la prise en charge médicale et constituent souvent le principal suivi de post-cure.

Tous sont l’occasion d’échanger, d’entendre des témoignages, de faire des rencontres et d’avoir du soutien. Le risque est de tourner en rond autour de l’abstinence. Je n’ai pas fréquenté de groupe d’entraide mais beaucoup de mes clientes témoignent de l’impression que ça les maintient dans la position de malade et ne les aident pas à évoluer. Il est indiscutable que ces groupes d’entraide apporte une aide précieuse à beaucoup de monde, et je ne remets pas en cause leur mérite. mais je pense que leur approche n’est pas adaptée à tout le monde et qu’il est nécessaire d’élargir les points de vue.

Le soutien psychologique auprès d’un psychologue.

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) aident à changer les habitudes de consommation ainsi que les attitudes et croyances préjudiciables. Elles conduisent par exemple à identifier les situations à haut risque et à élaborerez des solutions de rechange tout en augmentant la confiance dans la capacité à résister aux tentations. La technique de l’entretien motivationnel est également souvent utilisée pour aider à passer les différents stades de prise de conscience jusqu’à être prête à entrer dans une démarche active de changement.

Dans le domaine de l’alcoolo-dépendance, encore beaucoup de thérapeutes sont influencés dans leur approche par la représentation classique et discutable qui fait de l’alcoolisme une maladie dont on ne guérit pas. Je vous souhaite donc de rencontrer un thérapeute large d’esprit, qui saura vous accompagner sans être influencé par ses idées reçues, ou qui saura les remettre en questions avec vous. Il en existe bien sûr, mais ils ne sont pas majoritaires d’après mon expérience et les retours que j’ai pu avoir de mes clientes. Aussi ne vous découragez pas si vous ne trouvez pas la perle rare du premier coup !

Le mythe d’une prise en charge médicale indispensable.

Des résultats mitigés.

Maintenant que nous avons vu en quoi consiste le traitement classique de l’alcoolisme, notons que cette prise en charge médicale n’est pas indispensable. Certes, l’idée préconçue que l’accompagnement médical est indispensable pour sortir de la dépendance alcoolique est très répandue. Pourtant, le Recovery Research Institute de l’hôpital central du Massachusetts aux États-Unis a mis en évidence que beaucoup de personnes parviennent à se sortir seules de leur addiction.

Les chercheurs ont interrogé 2002 personnes qui sont venu à bout de problèmes d’alcool ou de drogues pour essayer de comprendre comment elles y étaient parvenues. Les conclusions de ces recherches précisent que 54% des personnes interrogées ont guéri leur toxicomanie ou leur alcoolisme grâce à l’aide d’un groupe de parole, un traitement médicamenteux, une cure en centre spécialisé ou un mélange de ces 3 solutions. Il reste donc 46% d’entre eux qui se sont guéris sans ces 3 solutions.

« Beaucoup de cliniciens et de chercheurs, tout comme le grand public, pensent que pour résoudre un problème de drogue ou d’alcool, il faut aller en centre de désintoxication, prendre un traitement ou aller dans des associations comme les AA. Nos recherches ont montré que, même si beaucoup de ceux qui sont très dépendants suivent en effet cette voie, une autre partie ne le fait pas. Ce qui prouve la nécessité d’élargir nos points de vue à ce sujet » John Kelly, co-auteur de cette étude, publiée dans la Revue Drug and Alcohol Dependance.

Il est classique de parler de la règle des trois tiers pour évoquer les résultats de la prise en charge médicale : avec un recul de six mois, on constate un tiers d’abstinence totale, un tiers d’échec sans modification, et un tiers d’amélioration des modes de vie et des façons de boire. Toutefois aucune étude sérieuse n’a été réalisée pour permettre de distinguer l’action conjointe ou non de thérapies complémentaires comme une psychothérapie ou la participation à un groupe d’entraide.

Le traitement médical de l’alcoolisme ne garantit donc pas de meilleurs résultats. En réalité, la prise en charge médicale n’est indispensable que dans les cas d’alcoolisation sévère pour lesquels elle permettra d’éviter les risques des complications dangereuses lors du sevrage physique.

Elle constitue finalement une voie parmi d’autres.

Et si vous aviez plutôt besoin de coaching ?

Si ces approches ont fait leur preuve en accompagnant des milliers de patients au fil des ans, on peut légitimant regretter le manque de diversité dans les modes de prise en charge autant que dans les soins qui sont proposés.

On peut également souligner qu’elles ont échoué avec un nombre important d’individus. Mais il n’est pas dans le propos de cet article d’en analyser les raisons pour une critique approfondie.

Je préfère élargir le propos en pariant sur notre liberté de choix et notre pouvoir de choisir et d’agir, en proposant d’explorer d’autres pistes de soins. Ce sera le propos des 3 prochains articles de la série !

Dites-moi en commentaires ce que cette lecture vous inspire. J’aurai plaisir à vous lire et vous répondre.

N’hésitez pas à m’écrire si vous avez des questions.

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Crédit-photo : Merci à Hush Naidoo pour la photo sur Unsplash

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  • Gaëlle M. de Cap Sobriété dit :

    Si vous avez des questions ou si vous souhaitez partager un commentaire, n’hésitez pas à vous exprimer ici. Je vous lirai avec plaisir et vous répondrai. 🙂
    Notez que vos commentaires peuvent être anonymes car c’est vous qui décidez du nom qui va apparaitre.
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