Alcoolisme

La prise en charge classique de l’alcoolisme et des troubles de l’alcoolisation. (2/5)

By 6 novembre 2019 novembre 20th, 2019 No Comments

( Série d’articles : Quelles méthodes pour arrêter de boire de l’alcool ? 2/5 )

La prise en charge médicale.

La prise en charge médicale peut revêtir plusieurs formes. Toutes sont prises en charge à 100 % en France où l’alcoolisme est reconnue affection de longue durée.

Le médecin généraliste et son ordonnance.

Dans un premier temps, votre médecin traitant pourra vous proposer un traitement médicamenteux pour un sevrage ambulatoire, c’est-à-dire depuis le domicile. Il pourra vous prescrire les examens nécessaires pour s’assurer que votre consommation d’alcool n’a pas entrainé de problèmes de santé à traiter.

Il est classique de parler de la règle des trois tiers pour évoquer les résultats de la prise en charge médicale : avec un recul de six mois, on constate un tiers d’abstinence totale, un tiers d’échec sans modification, et un tiers d’amélioration des modes de vie et des façons de boire. Toutefois aucune étude sérieuse n’a été réalisé pour permettre de distinguer l’action conjointe ou non de thérapies complémentaires comme une psychothérapie ou la participation à un groupe d’entraide, les principales approches complémentaires classiques.

La prise en charge médicale ne garantit donc pas de meilleurs résultats du point de vue des troubles de l’alcoolisation. Voir aussi Le mythe de la prise en charge médicale. (3/5)

La prise en charge médicale n’est indispensable que dans les cas d’alcoolisation sévère pour lesquels elle permettra d’éviter les risques de complications dangereuses.

Elle constitue donc finalement une voie parmi d’autres.

Bien que ce soit la plus évidente a priori, cette prise en charge ne va pas nécessairement de soi.

De nombreux médecins généralistes sont encore mal à l’aise et mal formés pour accompagner efficacement leurs patients dépendants.

Beaucoup sont eux même de gros buveurs et de gros fumeurs !

Et l’addiction est à peine survolée durant la formation de médecin. C’est en spécialisation que la formation se fait.

Beaucoup de médecins n’osent même pas aborder la question de peur d’être maladroits et de vexer leur patient.

De leur côté, beaucoup de patients et notamment les femmes n’évoqueront pas leurs difficultés avec l’alcool auprès de leur médecin. Probablement même qu’elles nieront le problème, dans un premier temps, si le médecin le soulève !

Quant aux traitements médicamenteux, ils ne sont pas sans conséquence puisque les effets secondaires sont lourds et les risques d’addiction réels.

Et surtout, ils sont pour la plupart incompatibles avec la prise d’alcool donc inappropriés tant que l’abstinence n’est pas installée (hic !).

Et je ne développerai pas ici le danger des benzodiazépines encore beaucoup trop utilisés pour leur action sédative et anxiolytique malgré un fort pouvoir addictif et des effets rebonds problématiques.

L’addictologue ou l’alcoologue.

Ces professionnels sont d’abord médecins. Ils ont suivi ensuite une spécialisation en addictologie ou alcoologie. À ce titre, ils sont compétents pour comprendre les multiples causes de l’addiction et, si nécessaire, les autres maladies qui peuvent en découler.

Dans leur formation spécialisée, ils ont été formés à poser les bonnes questions, à écouter et à observer (contrairement aux médecins généralistes). Le domaine de la psychologie n’est pas exclu de leur champ d’action mais ils orienteront vers un psychologue si nécessaire.

Ils serviront de relais vers les différents acteurs locaux qui peuvent compléter leur accompagnement, principalement des psychologues et des groupes d’entraide.

Par contre, il faut se rendre dans les services d’addictologie des hôpitaux pour les rencontrer. Parce qu’elles ont honte et peur d’être reconnue, beaucoup de personnes à s’y rendre retardant d’autant plus leur prise en charge.

La cure de désintoxication en milieu hospitalier.

La cure de désintoxication n’est pas indispensable pour tout le monde.

Elle permet aux personnes qui ont besoin d’un encadrement constant et d’un accompagnement médicalisé d’être sevrées physiquement.

Elle permet de rompre avec les mauvaises habitudes et de s’éloigner d’un environnement néfaste.

Les équipes spécialisées agissent aussi sur le plan psychologique, mais dans une moindre mesure, compte tenu de la durée de la cure (entre 4 et 6 semaines en moyenne).

Le suivi post-cure est primordial mais souvent insuffisant ou inadapté.

Soyons honnêtes, être hospitalisé n’est pas agréable. Et pour les femmes ayant des enfants, quitter le domicile est une décision difficile.

Notons également que la cure en milieu hospitalier implique :

  • un arrêt maladie et une absence à justifier auprès des collègues, voisins, parents d’élèves, etc. ;
  • des séances collectives : bien qu’elles puissent être extrêmement bénéfiques et salvatrices, elles peuvent également être traumatisantes ; elles constituent très souvent un frein important ;
  • compte tenu du nombre important de rechutes, ces cures ne bénéficient pas d’une grande crédibilité, ni auprès des patients ni auprès des médecins généralistes.

Les approches classiques : groupe d’entraide et soutien psychologique.

Les Alcooliques Anonymes et autres groupes d’entraide.

C’est sans doute le traitement le mieux connu pour l’arrêt de la consommation d’alcool et l’alcoolisme.

L’approche des Alcooliques Anonymes (AA) complète généralement l’approche médicale.

Le modèle médical actuel s’est d’ailleurs construit autour du développement du mouvement des AA, aux États-Unis d’abord, puis en Europe.

Leur approche repose sur la conviction que l’alcoolisme est une maladie dont on ne guérit pas et qui ne se stabilise qu’avec une stricte abstinence.

Cette position extrême ne fait plus l’unanimité et commence à être discutée. Voir Pourquoi l’alcoolisme n’est pas une maladie du sociologue et thérapeute canadien Amnon Jacob Suissa.

Si le soutien, la disponibilité, la régularité, le parrainage et l’encouragement des pairs à titre bénévole sont des points forts de l’approche des AA, l’aspect communautaire peut rebuter. D’autant plus que leur approche comporte une dimension spirituelle importante.

D’autres groupes d’entraide existent avec des approches légèrement différentes, notamment au niveau de la dimension spirituelle.

Ils sont l’occasion d’échanger, d’entendre des témoignages et de faire des rencontres.

Le soutien psychologique auprès d’un psychologue.

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) aident à changer les habitudes de consommation ainsi que les attitudes et croyances préjudiciables. Elles conduisent par exemple à identifier les situations à haut risque et à élaborerez des solutions de rechange tout en augmentant la confiance dans la capacité à résister aux tentations.

La technique de l’entretien motivationnel est également souvent utilisée pour aider à passer les différents stades de prise de conscience jusqu’à être prêt.e à entrer dans une démarche active de changement.

Si ces approches ont fait leur preuve en accompagnant des milliers de patients au fil des ans, on peut légitimant regretter le manque de diversité dans les modes de prise en charge autant que de soins.

On peut également souligner qu’elles ont échoué avec un nombre important d’individus. Il n’est pas dans le propos de cet article d’en analyser les raisons pour une critique approfondie.

Je préfère élargir le propos en pariant sur notre liberté de choix et en proposant d’explorer d’autres pistes de soins. Ce sera le propos des 3 prochains articles de la série :
3/5 Des approches alternatives pour accompagner le sevrage et la sobriété.
4/5 Des thérapies qui n’en ont pas l’air au secours des addictions.
5/5 L’approche pluridisciplinaire de Cap Sobriété pour se libérer de l’alcool.

Dites-moi en commentaires ce que cette lecture vous inspire. 🙏
J’aurai plaisir à vous lire et vous répondre. 🙂

Crédit-photo : Merci à Hush Naidoo pour la photo sur Unsplash

Retrouvez ici la série complète des articles sur les méthodes pour arrêter de boire de l’alcool :
1/5 Comment surmonter un problème d’alcool ?
2/5 La prise en charge classique de l’alcoolisme et des troubles de l’alcoolisation.
3/5 Des approches alternatives pour accompagner le sevrage et la sobriété.
4/5 Des thérapies qui n’en ont pas l’air au secours des addictions.
5/5 L’approche pluridisciplinaire de Cap Sobriété pour se libérer de l’alcool.

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