Témoignage

30 années sous l’emprise d’addictions. 1/3

By 4 novembre 2019 No Comments
visage de femme cahcée dans des volutes de fumée

Je m’appelle Gaëlle Ménétrier et j’ai fumé et abusé du tabac, du cannabis et de l’alcool pendant des années.

Comme vous peut-être, j’ai commencé jeune sans vraiment mesurer le danger. À l’époque, je me sentais invulnérable et tellement maline que rien ne me faisait peur ! Surtout pas de fumer et boire comme une grande ! J’étais une rebelle ! Généreuse mais toujours en colère !

Tabac, Alcool, Cannabis, avec légèreté et insouciance !

Ma première « cuite », je la vis à 14 ans.

Un mercredi après-midi chez une copine. Nous étions plusieurs garçons et filles réunis pour regarder un film et les garçons ont voulu boire ! Ma copine leur a ouvert le bar de ses parents, apéritifs, digestifs, beaucoup d’alcools forts. J’ai voulu faire comme les garçons !  J’ai très vite été très malade ! J’ai appris depuis que le risque de dépendance est d’autant plus élevé que l’usage est précoce et les quantités importantes.

À l’époque, je fumais déjà des cigarettes. Mes parents étaient fumeurs et je fréquentais des jeunes plus âgés que moi qui fumaient tous ! Alors encore une fois, pour faire la grande, j’ai fumé aussi !

Au lycée, je rencontre le cannabis.

Après le collège, j’ai déménagé et changé de région. J’ai perdu tous mes ami(e)s, mon réseaux, mes repères, mon assurance. J’ai fait une première dépression, abattue durant tout l’été. Puis, résignée, j’ai fait ma rentrée au lycée. J’y ai rencontré le cannabis et il est rapidement devenu mon compagnon de route ! Grâce à lui mes insomnies disparaissaient et ma vie basculait dans une apaisante légèreté. De quoi reprendre espoir et tourner la page.

J’ai droit à un verre de vin le dimanche.

J’avais droit à un petit verre de vin durant les rencontres familiales, parce que j’étais grande et pour m’initier à l’œnologie ! C’est un honneur. J’en suis heureuse et fière. Arômes, cépages … Plutard je suis allée en Hollande expérimenter les mêmes délires avec le cannabis. Je ne mesurais pas le danger de son pouvoir sur mon terrain anxieux et dépressif. J’aimais boire pendant les fêtes que nous organisions entre copains. Je ne dansais plus beaucoup. Je fumais de plus en plus.

Pendant longtemps j’ai cru boire et fumer comme tout le monde ! Je ne me rendais pas compte que je cherchais à masquer un mal-être, une hypersensibilité, une hyperémotivité, un manque de confiance en moi et un ennui profond ! Je ne fréquentais que des fumeurs et nous buvions tous ! Mes amies, filles, ne buvaient pas autant que moi dans les fêtes et prenaient plus souvent un café qu’une bière après les cours, mais je ne m’en rendais pas compte.

Culpabilité et honte avec les responsabilité de la maternité.

Je commence à ouvrir les yeux sur mes addictions.

C’est quand j’ai été enceinte que j’ai commencé à ouvrir les yeux sur mes addictions. J’avais 25 ans et je sortais peu. J’avais une vie assez rangée comme on dit et je passais beaucoup plus de temps à étudier qu’à faire la fête. Cependant, le cannabis m’accompagnait toujours. J’ai arrêté de boire sans difficulté mais malgré une volonté sincère, je ne suis pas parvenue à arrêter totalement le cannabis. Trop anxieuse ! Dieu merci, l’intoxication fœtal avec le cannabis n’est pas aussi néfaste qu’avec l’alcool.

Entrée en scène de la santé naturelle.

Avec la maternité, j’ai découvert la naturopathie, l’aromathérapie et la sophrologie.  La sophrologie m’a beaucoup aidé à limiter le cannabis durant ma grossesse. J’ai commencé à m’intéresser davantage au fonctionnement du corps humain qu’à la sociologie de la santé (sujet de mes études). Durant les dix années qui ont suivi, je me suis passionnée pour l’alimentation bio, la cuisine végétarienne et la santé naturelle. Je ne fumais pratiquement plus de cigarettes, mais toujours trop de cannabis. Je ne buvais que durant les fêtes familiales. Je n’étais jamais saoule.

L’addiction pour remplir le vide.

Ma fille n’avait pas deux ans quand j’ai quitté son père. Culpabilité, tristesse, deuil d’un foyer, d’une famille unie pour élever ma fille … J’ai d’abord fait face. Je me suis consacrée à mon rôle de mère à 200% pour étouffer la culpabilité. Ma petite m’a évitée un nouvel épisode dépressif. Mais quand elle a été scolarisée, j’ai progressivement fumé davantage. Et je culpabilisais toujours plus de fumer davantage ! Le cercle vicieux de la honte et de la culpabilité !

Avec la rentrée à l’école primaire, la garde alternée est arrivée et les semaines sans ma fille m’ont plongée dans une tristesse et un vide épouvantable. Deuxième épisode dépressif ! J’ai beaucoup fumé durant ces semaines sans elle. J’ai commencé aussi à sortir et boire pour me changer les idées ! J’ai retrouvé les ivresses de mon adolescence.

« Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi tranquille. »

Charles Baudelaire – Recueillements – Les Fleurs du mal.

Je ne me méfie pas de l’alcool.

L’alcool remplace le cannabis.

Ma fille avait 10 ans quand j’ai pu arrêter totalement cannabis et tabac. Comme j’étais heureuse et soulagée ! J’allais mieux ! J’étais amoureuse ! Je supportais mieux l’absence de ma fille. J’avais à nouveau des projets et je n’étais plus seule ! J’étais à nouveau choyée, encouragée, écoutée, soutenue, aimée !

Mais insidieusement, je remplaçais mes vieilles addictions par l’alcool dont je ne me suis pas méfié. Et à force de boire et de fréquenter des fumeurs, j’ai recommencé à fumer du tabac. Avec les années, les choses se sont progressivement corsées. J’ai continué longtemps à faire la maline mais au fond de moi je savais que les choses se compliquaient plus que je ne voulais le croire.

Stress, tabac et alcool.

Mon compagnon n’est pas fumeur et j’ai toujours eu conscience d’être en difficulté avec le tabac. J’ai essayé 100 fois d’arrêter à nouveau et chaque fois j’ai échoué, débordée par mes tempêtes émotionnelles, mon anxiété, ma timidité, ma nervosité et les effluves environnantes. Nous sortions souvent. Il y avait toujours du monde à la maison, toujours de la bière dans le frigo et souvent du vin. Je vis dans une région viticole, entourée par de grands crus, le vin est une monnaie d’échange, un cadeau apprécié, une valeur sûre.

Quand mon compagnon s’absente pour des raisons professionnelles, plusieurs semaines, plusieurs mois, je le supporte mal et soulage mon mal-être avec du bon vin … Tout s’accélère. Je ne m’épanouie pas dans mon travail. Je m’inquiète pour l’avenir. Les conflits sont fréquents. Triste et angoissée, j’attends l’apéro pour entretenir mon sourire !  

Le déni me protège de l’effroyable vérité.

Deux ans plutard, les premiers incidents commencent : blackout, petites blessures, violentes disputes. Mon compagnon m’alerte sur ma consommation importante et mon changement de comportement quand j’ai bu. Je minimise, convaincu qu’il exagère. Les premiers tremblements arrivent. Je les mets sur le compte de ma nervosité et je fume davantage, puis je bois, pour me détendre. Je commence à me rendre compte que la situation est beaucoup plus grave que je le pensais. L’angoisse monte.

Deux ans de plus durant lesquelles j’essaie de me reprendre, de gérer, de ne plus exagérer. Je ne suis plus aveugle mais je refuse encore de reconnaître que je suis dépendante à l’alcool ! Ce n’est pas possible ! Pas moi ! Je ne peux pas être alcoolique ! Alor je me bats contre l’excès d’alcool et je m’épuise à vouloir contrôler ma consommation. Je me bats finalement contre moi-même, asphyxiée une fois de plus par la culpabilité.

« Comme beaucoup d’addicts, l’alcoolo-dépendant dépense une énergie considérable à se rassurer par rapport à cette autodestruction dont il ne veut pas mesurer la profondeur. »

Tous addicts ? et après ? Changer de regards sur les dépendances – Dr William Lowenstein et Dr Laurent Karila – Éditions Flammarion – 2017.

Rédemption !

La vérité éclate avec fracas.

Le jour de mes 40 ans survient l’accident ! Le miracle ! Ma voiture est explosée ! Je n’ai rien ! A peine une petite égratignure sur l’avant-bras ! J’étais seule. Je n’ai touché personne. Et je n’ai même pas vu la police. Je ne m’en suis pas rendue compte mais j’étais ivre ! Je suis partie précipitamment chercher ma fille à l’école à 17h … Après une dispute avec mon compagnon au déjeuner j’avais vidé une bouteille de vin. Je n’avais plus conscience de ce que je faisais. Ma fille ne m’attendait même pas puisqu’il était prévu qu’elle parte avec une copine. J’avais oublié.

Une chape de honte et de tristesse s’est abattue sur moi : ce jour-là, j’ai failli mourir, tuer ma fille, tuer des innocents, aller en prison ! Quelques heures plus tard, je réalisais tout ça et j’avais la peur de ma vie ! J’en fais encore des cauchemars. Comme ai-je pu être inconsciente à ce point ? C’est cette question qui m’a fait comprendre pleinement que j’avais perdu le contrôle ! Ce jour-là, j’ai reconnu que j’étais alcoolique.

Libre et consciente sans addiction.

A 45 ans aujourd’hui, je vis libre et consciente, même si c’est souvent inconfortable ! J’ai vécu près de 30 ans sous l’emprise d’une ou plusieurs addictions. Je suis désormais sobre et non-fumeur et je maintiens le cap sans trop de difficultés. J’ai acquis une bien meilleure et plus juste connaissance de moi-même. J’ai retrouvé (ou peut-être simplement trouvé) davantage de confiance en moi et en l’avenir, et j’ai compris beaucoup de choses.

Pour éviter qu’une nouvelle addiction ne s’installe, je reste attentive. Je continue d’explorer mes failles avec une psychanalyste qui a acquis ma confiance. Je prends soin de mon bien-être et de mon équilibre nerveux. Je médite plusieurs fois par semaine. Je continue de pratiquer l’EFT pour gérer mes vagues d’émotions. J’apprends à me respecter et à m’aimer.

Même si ce n’est toujours facile, je m’aime et je m’accepte telle que je suis !

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